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N°4 - Chronique élue C Fillat

Chronique d’une élue, Christine Fillat

Interview de Séverine Michel et de Frédéric de Flaugergues

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Séverine et Frédéric : Bonjour Christine. Peux-tu tout d’abord nous décliner ton identité ?

Christine : Je m’appelle Christine Fillat. Tu veux connaître mon âge peut-être ? J’ai 45 ans. Je suis docteur vétérinaire, spécialisée dans les grands élevages, et spécialement les chevaux. Je ne consulte aucun chien, ni aucun chat. Je passe donc ma vie auprès des agriculteurs et des animaux.

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Séverine ou Frédéric : Je crois savoir que tes origines sont claveysonnaises ?

Christine : Tout à fait. J’ai découvert Claveyson à l’âge de 5 ans, puisque mes grands-parents ont acheté à cette époque un chalet situé au bois Girard, près du pipeline. J’ai passé tous mes étés jusqu’à l’âge de 17 ans dans ce cadre naturel. J’ai connu le Luga, le bar de Denise. On allait chercher le lait à la ferme. C’était la vraie vie. J’ai toujours eu un penchant pour le côté paisible de Claveyson.
Quand je me suis installée, dans ma vie professionnelle et que l’opportunité s’est présentée, j’ai acheté ma première maison à Claveyson. J’avais trop de souvenirs ici pour désirer m’établir ailleurs.

Séverine ou Frédéric : Ce n’était donc pas le hasard ?

Christine : Il n’y a pas eu de hasard. J’ai eu la chance de connaître Claveyson avec ses éleveurs. Monsieur Rouchette avait encore des bovins, Jean-Luc Aillon, bien sûr, qui est devenu un de mes clients, Monsieur Florent qui avait aussi des vaches. Il y avait un côté ruralité qui me plaisait énormément. Ceci plus les souvenirs avec mes grands-parents et leur chalet, chalet aujourd’hui à mes parents où l’on passe encore d’agréables moments.

J’ai donc acheté une première maison qui se situait aux Genets, en dessous de chez messieurs Florent et Tarel. Nous étions bien installés, la seule chose qui me contrariait, je manquais d’espace pour mes chevaux.
Mes parents sont amis avec Titou Lamotte depuis très longtemps. Lorsque Titou a voulu lâcher prise avec ses terres, il savait que je cherchais quelque chose de plus grand. Ce fut donc pour moi une deuxième chance, je pouvais réaliser là mon deuxième rêve de gosse, le retour à la terre et à Claveyson. Mon premier rêve étant de m’occuper des animaux. Ce fut cependant délicat pour moi de me positionner sur une maison familiale. J’étais à l’école avec les filles Lamotte. Nous nous sommes donc tous réunis pour savoir si elles désiraient laisser leur maison natale. Il n’y avait pas de soucis pour elles qui ne voulaient pas rester à la terre. C’est comme ça que je me suis portée acquéreur de cette ferme avec l’engagement de lui garder un caractère agricole. C’était un peu la crainte des agriculteurs à l’époque : voir arriver une pseudo citadine installer un golf ou une piscine. Ce ne sera jamais mon objectif. Urbaniser la campagne ne correspond pas à mes valeurs. En fait, sept hectares sont cultivés en bio, le reste étant laissé en pâture pour les chevaux. Avec Alain, nous avons donc acquis la maison en 1998. Je suis physiquement à Claveyson depuis 1991.

Séverine ou Frédéric : Peux-tu nous parler de ton métier de vétérinaire ?

Christine : Au niveau professionnel, j’ai longtemps travaillé chez M. Antoine à Hauterives, d’où ma connaissance des éleveurs locaux. Je voulais rester dans l’agriculture et l’élevage alors que sa clientèle évoluait beaucoup vers la canine. Je me suis donc, très rapidement orientée vers ce qui se développait en agriculture parce que les élevages traditionnels diminuaient. La preuve en est, sur Claveyson, nous n’avons plus que Jean-Luc, Christian Lamotte et Jean-Marc. Le temps des éleveurs qui arrivaient à vivre avec 10 ou 15 vaches est complètement révolu. Je me suis donc installée sur la plaine de Romans, à Châteauneuf sur Isère, pour travailler avec les élevages dits industriels. C’est un terme que je n’aime pas du tout, je préfère « élevage rationnel ». Je suis les élevages de volailles, de porcs, de lapins, de ruminants. A côté, j’ai développé une spécialité sur les chevaux en ostéopathie et en médecine douce. Je suis homéopathe, et sur les élevages avec lesquels je travaille, je préconise à 90% ce type de médecine. C’est donc un peu un combat de travailler autrement avec ces élevages que l’on voit souvent, de l’extérieur, avec beaucoup de médicaments vétérinaires, avec du mal être animal. C’est ma façon de mener une guerre dans l’arène pour faire comprendre que, même si ces animaux là sont voués à l’assiette, même s’ils sont élevés en batterie, on peut donner du bien-être animal. Les éleveurs gagnent leur vie avec ça, je les respecte, je ne vais pas révolutionner le système. Je pousse néanmoins vers les élevages alternatifs, les élevages de poules en plein air, par exemple. Mon travail au quotidien, c’est 70% d’élevage et 30% de chevaux. Pour ces derniers, comme c’est devenu ma spécialité, je me déplace assez loin, Grenoble, Bourgoin-Jallieu, le Massif Central pour pratiquer l’homéopathie et l’ostéopathie.

Séverine ou Frédéric : Quel est ton impact sur la zone de la galaure ?

Christine : Je travaille un peu avec Jean-Luc, mais les éleveurs sont devenus très performants, les soins pompiers que l’on connaissait avant ne se voient plus que rarement. Je travaille aussi avec Jean-Marc qui est en biologique, c’est ma spécialité. J’interviens surtout chez les gens de la région qui ont des chevaux, en collaboration avec les confrères du coin, notamment avec Jean-Luc Chambost. On appelle ça dans notre jargon : des cas référés. Le généraliste envoie le client chez un spécialiste après avoir posé son diagnostic. Sinon, les gens m’appellent en direct pour des manipulations sur le cheval. Les personnes qui font de la compét, du dressage ou du saut d’obstacles s’aperçoivent que ces soins amènent beaucoup de confort. Enlever une contracture permet à l’animal de retrouver sa souplesse et donc au cavalier de garder ses performances. Ils découvrent que, plutôt que de donner au cheval des anti-inflammatoires, soigner la cause est bien plus intelligent. Cela rentre de plus en plus dans l’esprit des cavaliers.wChristine-petite.jpg

Séverine ou Frédéric : Peut-être peux-tu nous expliquer d’où te vient cette passion du cheval ?

Christine : Le drame de ma vie, est que depuis l’âge de 5 ans, j’ai plus d’attention pour les animaux que pour les gens. Mes parents ont pensé que je faisais une fixette sur Dactari. Ils m’ont donc envoyé chez M. Antoine dès l’âge de 10 ans pour que je voie la réalité des choses. La réalité, même si elle était parfois difficile, car il faut parfois tuer des animaux, était ma vie.
L’objectif était donc d’être véto avec une passion irraisonnée pour les chiens et les chevaux.
Comme vous avez pu le constater, j’ai 4 chiens, 4 chevaux, et je crois que si j’avais plus de temps…

Séverine ou Frédéric : Et par rapport à la compétition quelles sont tes interventions ? Est-ce que tu pratiques ? Est-ce que tu aides ? Est-ce que tu soignes ?

Christine : Je suis cavalière depuis l’âge de 7 ans, mais la compétition, pour moi, n’est pas une fin en soi. Le but est d’être compagnon avec un cheval et de faire ensemble une activité qui nous plaise à tous les deux. Les compétitions sont toujours faites dans un objectif de passer un week-end un peu plus dynamique qu’un week-end à la maison. Je fais de l’endurance mais je suis aussi véto contrôle sur les courses d’endurance. Jean-Luc Chambost m’emmène avec lui sur des courses internationales. Cela permet de côtoyer des cavaliers qui viennent d’autres nations, le Cathare, le Brésil. Cela ouvre d’autres horizons.
Le cheval est avant tout un ami, une passion. Je m’oriente de plus en plus vers le comportement. Je rencontre des scientifiques qui étudient le comportement des chevaux. Je veux savoir comment ils se comprennent, comment ils communiquent, pour rentrer dans l’esprit cheval sans aucun objectif de les soumettre ou de les dresser. C’est simplement pour avoir un mode de communication qui leur soit familier et qui me permette de rentrer plus facilement en contact avec eux et d’avoir des actes vétérinaires bien plus en douceur.
Voilà, c’est un petit peu ma vie. L’autre chose que j’ai toujours dite et c’est sincère, c’est que si mes parents avaient été agriculteurs, j’aurais aimé rester à la terre. J’aurais eu à choisir entre véto et éleveur. Ce choix aurait été difficile pour moi. On a eu l’occasion avec Alain de reprendre un élevage de chèvres, il y a 5, 6 ans. Cela a été un gros point d’interrogation. Après réflexion, j’ai pensé que c’était dommage d’abandonner ma vie professionnelle telle que j’étais arrivée à la construire. Après s’être penchés sur le problème pendant 6 mois, nous avons fini par refuser cette proposition.

Séverine ou Frédéric : En n’étant que vétérinaire, arrives-tu à faire passer tes idées, à faire modifier des comportements dans le sens qui te semble le plus judicieux ?

Christine : En fait on a toujours, à part pour les animaux dits de compagnie, une notion de finalité sur l’animal. Le propriétaire souhaite très souvent que son cheval ait un devenir sportif. Si je pense que le cavalier n’est pas en harmonie avec le cheval, ou qu’il s’est trompé de sport pour le cheval, le faire comprendre à la personne sans la blesser n’est pas facile du tout. J’apporte un témoignage, mais je n’essaie pas de convaincre. Le fait d’être cavalière et propriétaire de chevaux est le meilleur des arguments que je puisse avoir. Je vis ce que je peux leur donner comme conseils. « Voilà, j’ai un étalon, tout le monde dit qu’il ne faut pas être copain avec un étalon, parce qu’un jour ou l’autre il prendra le dessus, que si l’on a trop d’affectif avec un cheval on ne peut pas avoir de résultats sportifs. Mon étalon, Wishnou, que j’ai sauvé de la boucherie, c’est mon pote, il vit dans la cour. Il vient déjeuner avec nous le matin à la fenêtre. Et il vient de se qualifier troisième sur une course nationale, 90 km en endurance. » Je coupe ainsi court aux idées reçues. Je ne peux pas convaincre ainsi un client d’un jour, je fais passer des messages sur du long terme. Je vois changer les clients de plus de 15 ans, c’est le côté sympa. Cela peut se voir, même avec des éleveurs de volailles, même avec des bâtiments industriels, dans leur façon de regarder les animaux. Même s’ils doivent finir dans une assiette, l’éleveur doit être respectueux du temps de vie qu’il leur accorde. J’en parle d’autant plus aisément que je ne suis pas végétarienne. J’essaie de leur dire que ce n’est pas parce que c’est leur rentabilité économique qu’ils doivent être sourds à la souffrance des animaux. Cela prend du temps. Disons qu’au bout de 15 ans j’ai réussi à faire partager mes idées avec 50% de ma clientèle. Il restera toujours 50% ou un peu moins de réfractaires car soigner par homéopathie ou ostéopathie, cela demande une remise en cause personnelle et ce n’est pas évident.

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Séverine ou Frédéric : Tu ne peux pas être aussi psychiatre ?

Christine : Eh ! Non.

Séverine ou Frédéric : Et pour être homéopathe, tu as repris les études ?

Wishnou

Christine : L’homéopathie, je l’ai faite en spécialité après l’école. L’école véto, c’est 6 ou 7 ans après le bac, cela dépend du temps que l’on met pour avoir le concours. On n’entrera pas dans les détails… Ensuite j’ai donc fait 3 ans de spécialité homéopathique dans une fac à Lyon en même temps que les médecins humains. Pour l’ostéopathie, j’ai terminé ma formation en 2000. Ca a été également 2 ans de formation sur Paris. Quand on est dans la vie active, ce sont les week-ends qui sont consacrés à cette formation. Très peu d’étudiants font cette spécialité. Il faut un peu de recul pour avoir une idée de ce que l’on peut faire de ce savoir.

Séverine ou Frédéric : Nous passons sur la facette élue. Comment débute l’aventure ?

Christine : L’aventure a débuté avec le renouvellement du dernier conseil municipal. Je n’ai pas postulé au sens de « je veux être élue ». C’est Alain Baboin qui m’a contactée par l’intermédiaire de Jean-Marc Vossier. Ils pensaient que ce serait intéressant d’avoir un élu qui est à Claveyson sans avoir baigné dans l’univers claveysonnais central (on va dire cela comme ça) et qui a une certaine idée de la vie dans un petit village rural. J’ai accepté en me disant que si je n’étais pas élue, ce n’était pas grave. Je voulais aussi que les gens me voient autrement. Je voulais ôter les idées préconçues à mon sujet, le fait que je sois véto, que je sois de la ville « St Vallier !!! », que je venais peut-être en colonisateur de campagne… Je pensais, en étant élue, faire passer un petit peu mes idées tout en faisant découvrir ma personnalité. Je ne pourrais pas vivre dans les cités telles qu’elles s’aménagent actuellement. Saint Donat, par exemple ne me va plus du tout. J’aimerais bien permettre à Claveyson de garder l’esprit de la ruralité. Voir se développer le village, oui, mais pas anarchiquement. Il faut garder des contraintes pour conserver une qualité de vie. Pourquoi vouloir augmenter indéfiniment la population au nom du progrès et de l’évolution ? Je souhaiterais vraiment que Claveyson garde son identité. Si le village se développe, ce doit être pour aider les enfants du coin à s’installer. Il ne doit pas devenir une cité dortoir de Romans avec des citadins qui ne comprennent pas ce qu’est la vie à la campagne : le chant du coq le matin, les cloches qui sonnent, l’odeur de l’épandage du fumier, les tracteurs, les enrouleurs la nuit, les poubelles qui ne passent pas tous les jours. Les gens de la ville ont perdu cette responsabilité des gens de la campagne, ils sont devenus complètement assistés. Dans nos campagnes, l’entraide humaine existe encore, Je ne me souviens pas avoir eu des problèmes qui n’aient pas été résolus avec mes voisins. « Pour faire le fumier de mes chevaux, Dédé Tarel répond toujours présent. » Tout ça c’est très important, car ce sont encore des valeurs humaines. A travers le conseil municipal, quand des décisions semblent aller en direction d’un Saint Donat bis, j’ai tendance à ruer un peu dans les brancards. Je ne me considère pas comme « arrièriste » ou dinosaure, mais sincèrement, voir fleurir des lotissements à droite, à gauche, à Claveyson, cela m’inquiète. Je voudrais faire comprendre également aux claveysonnais qu’il faut se battre pour que la terre ait une richesse puisqu’elle est en amont de toutes les productions. De moins en moins de jeunes s’installent en agricole. Les revenus ne correspondent pas à toutes les heures de travail sur le terrain. On achète déjà aux Etats Unis. Si une partie de la production nous échappe, nous dépendrons des autres pour manger. Si l’on veut des cultures saines, sans parler pour autant de bio, juste des cultures non intensives, il nous faut de la place pour les faire. Il y a tous ces paradoxes qui peuvent séduire et laisser la place au « constructible ». Soyons vigilants.

Séverine ou Frédéric : Il y a donc le côté, tape à l’œil au départ, puis on rentre dans le piège ?

Christine : Eh ! Oui ! Je me suis déjà confrontée plusieurs fois à des décisions qui ne me convenaient pas du tout. Il y a par exemple des routes que je n’aurais jamais goudronnées. Ce n’est pas grave de cahoter avec une voiture sur une route en gor avec des trous. Où est le problème ? Dans la campagne, je préfère rouler doucement et voir rouler des VTT, circuler des chevaux, des promeneurs et des chasseurs. On vient à Claveyson en faisant un choix de qualité de vie et l’on doit en accepter les contraintes. Ce qu’est en train de devenir Bren est totalement scandaleux à mes yeux. Je n’ai pas peur de le dire. Si Claveyson voulait prendre la même orientation je serais très déçue et très inquiète. « Le mieux est souvent l’ennemi du bien. »
Si cet interview peut également me permettre de faire passer un message aux chasseurs, le voici. (éclats de rires) Mon père est chasseur, il a été chasseur à Claveyson. En toute objectivité, si le chasseur est ce qu’il prône, c’est qu’il est respectueux d’un code qu’on lui demande d’appliquer, qu’il connaît les animaux et ne va pas tirer sur n’importe quoi, qu’il fera la différence entre un cavalier et un chevreuil. De ce côté là, je leur fais confiance. J’ai eu des frictions la première année à cause de poulets mangés dans ma cour par des chiens de chasse. Des chiens traînaient également dans les enclos de mes chevaux. « On ne tient pas les chiens », avais-je eu comme réponse. J’étais donc allée voir monsieur Duranton pour lui dire que si une minorité est irrespectueuse, c’est elle qui va pénaliser la totalité des chasseurs et ternir leur image. Depuis 2 ans, je n’ai plus aucun souci. Je ne vais bien sûr, pas sortir mes chiens en période de chasse, ils ne sont pas faits pour ça. On garde un respect mutuel et tout va bien. Je mets un grelot sur la selle de mes chevaux pour avertir tout le monde de ma présence et faciliter mon repérage. Je peux même leur proposer mes services en temps que spécialiste en volailles. J’ai un client de Châteauneuf qui fait des faisans pour la chasse. Si on me demandait de m’occuper du gibier, et même de faire une réserve chez moi, je serais absolument ravie. J’aimerais donc faire passer ce message. (J’ai retrouvé la jument avec des piquets et la clôture autour du cou, personne pour venir s’excuser, j’ai eu effectivement un peu de mal à une époque à contenir mes réactions.)

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Séverine ou Frédéric : Puisque l’on en est à parler des relations entre les uns et les autres, au niveau du sport équestre, comment se passent les rencontres avec les autres utilisateurs des chemins ?

Christine : Je pense que le cheval s’est un peu démocratisé. Avant, de l’extérieur, le cavalier passait pour un individu qui parcourait un territoire conquis sans savoir qu’il passait sur des chemins privés. Certains ont même été très irrespectueux de la propriété d’autrui. Un cheval au pas ne s’entend pas. Il faut se signaler, parler, utiliser des grelots. Les motos et les quads nous angoissent. Ils ne nous voient pas et ne voient pas non plus les enfants qui courent devant leurs parents sur ces petits chemins, mais nous pouvons au moins être vigilants pour eux et nous mettre sur le côté. Mais le vrai danger, pour nous, c’est le VTT. On ne les entend pas. Quand ils arrivent par derrière, le cheval va être surpris dans son champ visuel. Il voit derrière lui. Il va donc réagir violemment. Le VTT doit donc se signaler également. La nature n’est plus à nous seuls, loin de là, à notre époque. Il faut partager. Pour revenir aux motos et aux quads, je n’ai rien contre eux, mais j’ai un peu de mal à concevoir le bruit des cités dans la nature. De plus, j’ai peur de vivre un jour un accident grave. Je ne sais pas vraiment où doit se situer le compromis. Faut-il leur aménager des terrains de cross ou des parcours réservés ? Je n’ai pas la réponse. Le respect entre nous doit commencer par se dire bonjour, ralentir quand on se croise. Je marche toujours au pas quand je rencontre des gens. Un cheval aussi peut être dangereux face au comportement du promeneur qui ne connaît pas ce qu’est l’individu cheval. Je sais que des cavaliers peu scrupuleux ont traversé des champs. Il peut y avoir accident, le cheval apeuré n’est pas toujours maîtrisable, mais dans ce cas tu vas t’excuser.

Séverine ou Frédéric : Pour en revenir à ton statut de conseillère municipale, en es-tu satisfaite ou voudrais-tu avoir plus d’impact politique ?

Christine : En étant conseiller, on n’a qu’un rôle de consultation. On n’est donc pas toujours à même de faire passer des idées. C’est la démocratie. Si je voulais aller plus loin, j’aurais un gros problème d’emploi du temps. Je manque déjà deux ou trois conseils par an pour des raisons de travail. Si j’occupais un poste qui demande plus de réunions (adjoint ou maire), il me faudrait faire d’autres choix au niveau de ma vie professionnelle. Je ferais mon métier très médiocrement et je ne serais pas totalement dédiée à la cause d’une commune. Pour l’instant, mon poste de simple conseiller municipal est un bon compromis. Bien sûr, comme tout un chacun, j’apprécierais que mes idées soient retenues, de temps en temps (rires). Trêve de plaisanterie, je ne savais absolument pas ce qu’était la gestion d’une commune. J’ai beaucoup appris, où passe l’argent du contribuable par exemple. J’ai rencontré des personnes que je ne connaissais pas, j’ai appréhendé les idées et les conflits qui surgissent dans une petite commune. C’est un peu le microcosme de ce qui se passe sur le plan national. L’avantage, c’est que l’on est tous relativement plus humains et que chaque conseil municipal se termine autour d’un gâteau et d’une bouteille. J’ai donc pu voir les soucis d’une petite commune, les conflits à gérer. Globalement, je suis ravie d’avoir fait un mandat, qui en plus va être rallongé, c’est la cerise sur le gâteau (rires). Je me représenterai car j’aimerais être là pour continuer à expliquer que nos petites communes doivent garder cet esprit de ruralité et que ce n’est pas se renier que de refuser les demandes et les contraintes que subissent les villes. Je ne veux pas trop d’habitants à Claveyson : j’ai demandé une fois au conseil municipal s’il y avait un objectif politique et démographique établi. J’ai peut-être choqué ce jour là, mais je n’ai pas eu de vraie réponse. Il faudrait savoir ce qu’attend la population de Claveyson. Là ce n’est pas évidant non plus et je m’aperçois qu’il est difficile d’être le porte-parole d’une commune.

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Séverine ou Frédéric : Comment expliques-tu ce complexe des élus de petites communes ? Si il existait une taille idéale pour une commune, cela ne se saurait-il pas depuis longtemps ? Pourquoi ce désir de toujours plus se développer ?

Christine : Cela peut être une soif de reconnaissance de l’élu ou une recherche de pouvoir. Il y a souvent le syndrome de ce que je côtoie régulièrement, les gens de la campagne ont toujours eu le sentiment que le progrès était à la ville. L’industriel agricole qu’est maintenant le paysan, (Jean-Luc et les autres gèrent leur ferme comme une entreprise agricole avec des notions d’économie, de rentabilité, de stratégie à long terme), se sent complexé par rapport à la ville parce qu’il a de la boue sur les chaussures. A partir de là, la ville représente pour beaucoup le progrès. C’est un peu comme le complexe de la vieille Europe envers l’Amérique. Le progrès, c’est peut-être une zone d’activité, créer des emplois, mais pas à n’importe quel prix ni avec n’importe quelle entreprise. Les gens de la terre ont été caricaturés et il en est resté ce sentiment d’infériorité, alors que je suis convaincue que ce sont eux qui possèdent les vraies valeurs. Ce sont des gens logiques. Ils possèdent des réalités qui sont inamovibles du fait de leur travail et de leur vécu. Demandons leur leur avis sur le développement de la commune.
Il existe enfin le fait que la politique actuelle est de n’offrir des subventions qu’aux gros. Il faut donc soit grandir, soit s’unir entre communes si l’on veut espérer une aide de l’extérieur. On grossit donc, puis on doit gérer des nouveaux conflits, des nouvelles dépenses. Il faut agrandir les écoles, créer de nouvelles infrastructures et au lieu de sortir de l’ornière, on s’y enterre. On retrouve alors les contraintes que les gens, qui sont venus s’installer à Claveyson, ont fuit comme la peste. J’ai habité Lyon pendant 10 ans, je sais de quoi je parle. Même avec un lingot d’or sur la table, tu ne me fais pas repartir là-bas. Ce n’est pas possible.
Le bon compromis, c’est la taille actuelle de notre village. Saint Donat me fait peur. Les commerçants du centre ville y sont complètement désemparés. On a même l’impression qu’il y a un virus quand tu vois l’allure que prend St Barthélémy de Vals. Je désire un village où les gens soient heureux de se retrouver à la salle des fêtes en tant qu’habitants et non un village où les promoteurs et les élus ont créé une sorte de magma conflictuel.
Je regrette qu’il n’y ait pas plus de Claveysonnais qui s’intéressent et qui assistent aux réunions du Conseil Municipal. Ils devraient venir en tant qu’auditeurs.

Séverine ou Frédéric : L’électeur choisit, vote, puis délègue, fait confiance puis se désintéresse.

Christine : C’est un peu vrai. Il y aurait 5 à 6 personnes présentes, je trouverais cela plutôt sympa et je n’aurais pas l’impression d’être épiée. Ils nous ont élus, ils viennent voir si on les représente bien, c’est tout à fait légitime. Peut-être que la salle ne s’y prête pas. Il n’y a pas beaucoup de place pour accueillir les gens qui pourraient venir. Il y a peut-être aussi un manque d’information. Qui sait qu’il peut assister à un conseil municipal ? La motivation manque certainement aussi pour tout le monde. Certains soirs, moi aussi, si je m’écoutais, je me mettrais bien dans le canapé avec un livre et mes quatre chiens.

Séverine ou Frédéric : Tu viens de nous faire découvrir, partager des moments forts de ta vie ainsi que ta vision de Claveyson et nous t’en remercions. Un grand merci également pour ton accueil et ta franchise.


Date de création : 26/10/2006 · 22:36
Dernière modification : 24/12/2006 · 16:00
Catégorie : N°4
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