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2008 autour du galet - Montrebut conférence

Le site paléontologique* de Montrebut

Reconst3.jpg

* Le mot paléontologie peut être découpé en trois termes grecs :

  • Paleo, de palaios, ancien ;
  • Ontos, vie, être ;
  • Logie, de logos, étude, science.

Il s'agit donc, littéralement, de la « science étudiant la vie ancienne » et plus précisément, de la discipline qui étudie les organismes disparus ayant laissé dans les terrains sédimentaires des restes de leur corps ou des traces de leurs activités. Ces restes ou traces sont appelés fossiles.

 

Conférence animée par Pierre Noyaret à La Motte de Galaure le  3 avril 2008

Pierre Noyaret, président de l’association Saint Vallier Histoire et Archéologie depuis 19 ans, découvrit Montrebut au début des années 1880 en lisant les travaux du professeur Viret.

Montrebut.jpg

Historique :

C’est au milieu du XIX ème siècle que le propriétaire du terrain, labourant son champ, s’aperçut qu’il y avait des ossements qu’il arrachait à sa terre en labourant. Il les montra à plusieurs personnes. En 1855, Jourdan présenta à une réunion de la Société impériale d’Agriculture de Lyon, pour la première fois, des ossements de grands mammifères découverts à St Vallier par M. de Collongeon. Des collections d’amateurs se constituèrent ensuite. J. Viret, professeur de géologie à la Faculté des Sciences et futur directeur du Musém d’Histoire naturelle de Lyon, reconnut en 1938 une faune d’âge villafranchien en déterminant certains fossiles trouvés par son collègue L. Doncieux. F. Bourdier s’est intéressé lui aussi au gisement, mais, à cause de la guerre, un projet de recherche sera reporté à 1946. C’est le professeur Viret qui fouilla de 1946 à 1956. Très rapidement, il s’aperçut que le site était exceptionnel. Après la publication des résultats de fouilles, ce site fut choisi comme site de référence mondiale pour les animaux datant de 2 millions d’années sous le nom de  « gisement pliocène supérieur de Saint Vallier, période du Villafranchien moyen ». Le matériel recueilli est déposé, pour l’essentiel et à part égale, dans les Muséms de Lyon et de Bâle.  A Saint Vallier, aucune fouille officielle ne sera effectuée après 1956.

SV_vue_aerienne.jpg  vue aérienne du site

Après de nombreuses démarches et trois années d’acharnement, l’association  St V.H.A., avec l’aide de la mairie et des scientifiques, put faire rouvrir le site en 1993. Ces nouvelles fouilles (1993-1999) furent financées par la commune, le département et l’état.

 

Résumé des résultats de ces dernières fouilles : (synthèse biostratigraphique et paléoécologique)

Les nouvelles fouilles entreprises à Saint-Vallier de 1993 à 1999 ont montré que le site possède deux horizons fossilifères, le plus important étant le niveau supérieur de loess durci LD 3 qui doit être considéré comme le niveau-type du Villafranchien moyen. Le niveau inférieur LD 2, beaucoup plus pauvre, se distingue surtout par la présence d'un Allohippus stenonis bien différent de celui de LD 3.

loess-de-st-vallier.jpg   loess à banc durci

La liste faunique du gisement compte désormais six genres de mollusques, huit espèces d'oiseaux et 42 espèces de mammifères dont trois insectivores, six rongeurs, deux lagomorphes, un primate, quinze carnivores, deux proboscidiens, quatre périssodactyles, neuf artiodactyles. Quatorze taxons nouveaux pour le gisement ont été découverts : quatre Mollusques, un Oiseau, trois Insectivores, deux Rongeurs, deux Pé­rissodactyles et deux Artiodactyles. Les pollens sont relativement rares, on y note la présence de cèdres et de platanes.

La communauté mammalienne témoigne d'un paysage en mosaïque avec un mélange de steppe et de zones boisées ouvertes, à proximité d'un corps d'eau, sous un climat relativement humide et pas particulièrement froid.

L'âge du niveau supérieur est d'environ 2 Ma ; sa faune de mammifères se caractérise par la présence de huit espèces correspondant chacune à un stade évolutif dans une lignée connue, de deux associations caractéristiques, et par la première apparition de sept taxons. De nombreux gisements européens possèdent une faune comparable présentant tout ou partie de ces caractères, leur âge correspond à la même biozone MNQ 17.

51240-conference-Montrebut.jpg

Pierre Noyaret (avec sa baguette) avant la conférence

Plus de détails :

Les fouilles de Montrebut

La dizaine d'années de fouilles réalisées à Saint-Vallier sous la direction de J. Viret fut couronnée par la publication au début de l'année 1956 de son ouvrage « Le lœss à bancs durcis de Saint-Vallier (Drôme) et sa faune de mammifères villafranchiens », daté de 1954. Dans ce travail fondamental pour la reconnaissance internationale de ce site, et déterminant pour son choix ultérieur comme référence biostratigraphique internationale, J. Viret décrivait à partir de restes remarquablement conservés plus d'une trentaine d'espèces de vertébrés villafranchiens dont plusieurs étaient nouvelles.

Il subsistait toutefois de nombreuses inconnues, que l'importance du gisement exacerbait : la stratigraphie du site n'avait jamais été clairement établie et restait controversée ; il n'y avait jamais eu de recherche systématique des pollens et des micromammifères ; bien des interrogations subsistaient quant à l'homogénéité de la faune et aux grandes espèces animales les moins bien représentées ; l'âge précis du gisement était très discuté, ainsi que sa genèse. Enfin il fallait vérifier l'éventuelle présence d'une industrie lithique anthropique dans le site (Bourdier, 1961-1962 : p. 243 et 253).

Nous avons donc repris les travaux de terrain de 1993 à 1999. Ils nous ont permis de répondre à l'essentiel de ces questions.

1. Le contexte géologique

Les nouvelles fouilles nous ont d'abord permis d'établir la stratigraphie du gisement: sur un socle cristallophyllien nous avons reconnu 14 couches dont cinq bancs de lœss durcis bien distincts, deux d'entre eux, LD 2 et LD 3, étant fossilifères (Debard et al., 1994 ; Debard, 2004).

LD 2 est un élément de la couche 6. Ce banc, de 70 à 80 cm d'épaisseur, plonge vers le Sud. Il est hétérogène avec des zones très fortement concrétionnées, d'autres moins, voire pas du tout. Le sommet du banc durci est affecté sur 5 à 6 cm par une microkarstification.

LD 3 est un des trois niveaux concrétionnés de la couche 9. D'épaisseur irrégulière (30 à 80 cm), il présente une surface inférieure ondulée et une pente légère vers le SSE ; la disposition générale du banc durci est en dos orienté N-S : le flanc oriental de l'échine plonge de 8° à 15° vers le NE ; le flanc occidental est en partie démantelé par l'évolution naturelle du versant et les labours.

2. La paléoflore

D'une manière générale les échantillons sont pauvres en pollen. L'étude a porté sur 86 prélèvements choisis en fonction de leur intérêt stratigraphique ou de conditions particulières supposées favorables (induration, sous des ossements en place, coprolithe de hyène...).

La concentration pollinique la plus importante (plus grand nombre de grains et plus grande diversité) s'observe dans les couches encadrant LD 3, et dans le banc LD 3 lui-même et le contenu pollinique des échantillons présente une certaine homogénéité.

Dans LD 3 l'échantillon SV.96.527, recueilli sous un os, dans le locus Nord amas A, a fourni 71 grains et 22 taxons. Il peut être comparé aux résultats publiés par Ar. Leroi-Gourhan pour le lœss supérieur. On y rencontre toujours les mêmes taxons essentiels pour les arbres (Pinus largement dominant, Quercus, Corylus, Platanus, Alnus, Betula, Cedrus, Fagus, Ligustrum et Abies), mais dans des proportions différentes. Le cortège des herbacées (Poaceae, Ambrosia, Chenopodiaceae, Rumex) y est plus réduit. Ce résultat montre un paysage ouvert de steppe claire partiellement boisée à proximité d'un corps d'eau. La présence du cèdre et surtout du platane est remarquable.

Les niveaux situés immédiatement en dessous du banc durci LD 3 (SV.97 éch. 4, sond. nord et SV.93 éch. 4, col. 5) montrent une dominance de Pinus, suivi d' Alnus, Betula, Quercus, Abies. Les herbacées sont surtout représentées par Plantago et des Cichorioideae. Ces résultats semblent témoigner de conditions climatiques plus fraîches que celles observées dans LD 3 (J. Argant, 2004).

 

3. La paléofaune

Nous synthétisons dans le Tableau 1 la liste faunique de Saint-Vallier en prenant en compte le résultat des fouilles Viret et ceux des nouvelles fouilles dans les bancs durcis LD 3 et LD 2. Une espèce notée (X) signifie qu'elle n'avait pas été reconnue par J. Viret. L'astérisque * signifie que l'espèce a été réétudiée après la parution de l'ouvrage de Viret (1954), et que cette révision a entraîné l'attribution d'un nouveau nom, la détermination d'une sous-espèce ou un changement de genre ou d'espèce.

La faune de Saint-Vallier compte donc désormais, outre six genres de mollusques, huit espèces d'oiseaux et 42 espèces de mammifères (3 insectivores, 6 rongeurs, 2 lagomorphes, 1 primate, 15 carnivores, 2 proboscidiens, 4 périssodactyles, 9 artiodactyles). Les formes dominantes de la macrofaune sont Cervus philisi et Allohippus stenonis, suivies de Eucladoceros ctenoides, Cervus ramosus, Gazella borbonica, Leptobos elatus merlai. Parmi les Carnivores Nyctereutes vulpinus (27 os provenant peut-être de trois individus seulement), Meles thorali et Pachycrocuta perrieri (12 restes représentent 4 individus, deux jeunes et deux adultes) sont les plus fréquents. On trouve surtout des éléments du squelette post-crânien et des fragments de bois de cerfs. Les Cervidés représentent à eux trois 60 % des ossements déterminés, et le cheval Allohippus stenonis vireti 20 % de la faune. Les Carnivores sont présents seulement dans LD 3.

Lors des nouvelles fouilles nous avons découvert au moins 14 taxons nouveaux pour le gisement : quatre Mollusques, un Oiseau, trois Insectivores, deux Rongeurs, deux Périssodactyles et deux Artiodactyles ; la révision du matériel recueilli par J. Viret montre qu'il y a aussi un Canidé nouveau (Canis sp.), au moins pour le gisement (A. Argant, 2004).

Nous avons retrouvé la plupart des espèces qu'avait recueillies J. Viret : il ne nous manque que 10 taxons de mammifères, tous rares dans les anciennes collections : les trois gros Rongeurs Castor fiber, Trogontherium cuvieri et Hystrix refossa, le Lagomorphe Oryctolagus lacosti, les trois petits Mustélidés Baranogale antiqua, Enhydrictis Ardea et Aonyx bravardi, l'antilope Gazellospira torticornis et le mammouth méridional.

Nous avons montré que l'essentiel de la faune de Saint-Vallier provient du niveau fossilifère supérieur LD 3. Au contraire LD 2 est pauvre, il n'a livré que sept espèces de Mammifères. Quelques taxons sont communs à LD 3 et LD 2, notamment le rhinocéros, le Leptobos, les Cervidés. Le niveau LD 2 diffère de LD 3 surtout par le cheval qu'il a livré, bien distinct des deux espèces de chevaux du banc supérieur (Eisenmann, 2004). Outre la dizaine de taxons qui nous manquent, l'incertitude subsiste pour Gallogoral, que nous n'avons retrouvé qu'en LD 2, mais cette antilope est très rare dans les anciennes collections, et son absence parmi les fossiles recueillis en LD 3 n'est pas plus significative que celle des autres, d'autant que le genre connu dans d'autres sites du Villafranchien moyen est bien représenté au Villafranchien supérieur. Il n'en va pas de même pour le cheval, très abondant dans le niveau supérieur, très bien représenté dans les anciennes collections qui ne renferment toutefois aucun spécimen correspondant à l'Equidé de LD 2. Il nous paraît donc très probable que les fouilles Viret ont concerné essentiellement, sinon exclusivement, le niveau supérieur, beaucoup plus riche et renfermant un matériel mieux conservé dans un sédiment en général moins dur et globalement moins difficile à exploiter.

4. Taphonomie du gisement

L'étude taphonomique du gisement (Valli, 2001a, b, 2004) est un apport entièrement nouveau, car si Saint-Vallier est connu depuis des années comme référence biostratigraphique internationale pour le Villafranchien moyen, une étude approfondie de la genèse du dépôt a toujours manqué.

Nous avons utilisé les méthodes de fouille archéologique et avons donc relevé la position exacte et l'orientation de chaque pièce ; nous avons ainsi recueilli systématiquement tous les restes, de l'esquille au squelette en connexion anatomique. Nous avons décompté au total environ 3300 restes osseux et dentaires provenant de deux bancs concrétionnés fossilifères, LD 2 et LD 3, ce dernier étant de loin le plus riche. Dans ces couches les fossiles ne sont pas éparpillés partout de façon aléatoire, mais se regroupent en concentrations lenticulaires d'extension et de richesse variable.

En LD 2, les restes sont relativement rares, fragiles et, en général limités au sommet de la couche concrétionnée : nous y avons trouvé une seule petite concentration qui a livré des ossements de Cervidés, d'Equidés et de Leptobos. Au total, nous y avons recueilli environ 250 restes complets ou fragmentaires.

LD 3 s'est révélé beaucoup plus riche. Les fossiles sont abondants dans la zone Nord de la fouille, jusqu'au Sud de la parcelle exploitée par J. Viret. Dans cette zone nous avons recueilli plus de 3000 restes.

Certains os sont bien conservés mais la plupart sont fragmentés : ainsi, les tibias, dans 65 % des cas, sont réduits à leur épiphyse distale, associée ou non à une portion de la diaphyse. Pour les humérus, ce pourcentage s'élève à 67 %. Vingt cinq pour cent de tous les métapodes ont été trouvés complets (si on élimine les fragments de diaphyse, le pourcentage s'élève à 34 %). Des diaphyses, plus ou moins complètes, sont relativement abondantes. Ces données sont en accord avec une fragmentation osseuse due à l'action des Carnivores. Les traces visibles sur les os nous amènent aux mêmes conclusions : il s'agit des empreintes de dents qui ont percé, mordillé ou rongé la surface osseuse. Toutefois, elles ne sont pas très abondantes, et ceci pour deux raisons :

·          de nombreuses traces de dissolutions engendrées par des racines, des champignons et d'autres organismes recouvrent ou effacent les marques préexistantes ;

·          par ailleurs la dureté de la gangue ne facilitant pas la fouille ni le dégagement des pièces, une partie de la surface osseuse a pu parfois être endommagée pendant ces opérations, même si toutes les précautions possibles ont été prises.

Pour reconnaître l'agent d'accumulation des os, l'orientation préférentielle des restes a été étudiée par la méthode des « roses directionnelles » (Lyman, 1994) et des tests statistiques. Les fossiles sont toujours orientés selon le grand axe de la concentration dont ils proviennent. L'eau semble l'agent le plus probable pour la formation des amas.

Les os n'ont pas été entraînés sur de longues distances. En effet, leur surface ne présente pas de traces de frottement. Le classement des fossiles en fonction de leur taille, densité et forme, témoigne d'un transport faible. De plus la présence d'os d'un même individu éparpillés sur une surface restreinte confirme cette idée. Ainsi huit os de Corvus antecorax, provenant très probablement d'un même individu, ont été découverts sur une surface d'un peu plus de deux mètres carrés, confirmant une désarticulation du squelette et un transport sur courte distance.

Une étude de l'altération de la surface osseuse par les agents météoriques et climatiques a été conduite selon la méthode proposée par Behrensmeyer (1978). Cet auteur reconnaît six stades d'altération, numérotés de 0 à 5. La majorité des pièces ne sont pas altérées, et les stades les plus avancés sont très rares ou absents. Bien que le degré d'altération dépende de nombreux paramètres, parmi lesquels le climat et le couvert végétal, cette observation permet de penser que les éléments squelettiques ont été recouverts rapidement par les sédiments, après la constitution des amas.

Enfin, l'étude des populations des deux Cerfs les plus abondants (« Cervus » philisi valliensis et Croizetoceros ramosus medius) montre que la courbe de mortalité de ces espèces est attritionnelle, c'est à dire qu'elle dépend de causes tout à fait naturelles, comme la prédation par les Carnivores et la mort par vieillesse ou maladie.

À la lumière de ces observations, nous pensons que les herbivores, dont beaucoup vivaient en groupe, attirés par l'eau (la faune indique clairement la proximité de cours d'eau et/ou d'étangs) ont pu être victimes de prédateurs ou sont morts naturellement. Leurs cadavres auraient attiré des carnassiers, tels les Hyènes, le Chien viverrin et le Corbeau, qui se nourrissent volontiers de charognes. Ces derniers ont pu à leur tour mourir naturellement ou être tués par des Carnivores plus puissants : leurs restes se sont mêlés à ceux de leurs proies.

Les ossements ont été entraînés par l'eau et se sont entassés dans les endroits les plus propices à l'accumulation: méandres, dépressions du terrain, etc. Certains restes ont pu faire barrage, comme par exemple les crânes de Cervidés portant leurs bois, et les autres se sont accumulés en amont des premiers. Tout de suite après leur formation, ces concentrations ont été recouvertes par des sédiments lœssiques. Des précipitations calcaires ont constitué les couches concrétionnées qui ont contribué à la préservation des restes. En effet, nos trouvailles proviennent toutes des bancs durcis, soit au sommet, soit à l'intérieur de ceux-ci. Il est probable que des restes étaient présents partout dans les couches, mais qu'ils n'ont pu être préservés que dans les milieux basiques constitués par les zones de précipitations calcaires.

L'étude taphonomique montre que les assemblages fossiles sont d'origine naturelle. Contrairement à ce que la remarque de Bourdier (1961-1962 : p. 243 et 253) pourrait laisser supposer, nous n'avons découvert dans le gisement aucun Homininé, aucune trace d'origine anthropique, aucun artefact lithique. Ce fait ne constitue pas toutefois une conclusion définitive quant à l'absence d'un représentant du genre Homo dans la région pendant le Villafranchien moyen : en plus de quinze ans de fouilles un seul reste (une dent de lait) de Sus Strozzi et seulement deux dents de Maraca Sylvana ont été découverts, ce qui suffit à montrer, si c'était nécessaire, que certaines espèces peuvent être particulièrement discrètes.

5. Analyse paléoécologique

Rappelons que la cimentation carbonatée des deux bancs durcis fossilifères implique un climat à saisons contrastées avec une saison sèche longue, dans un environnement de plaine au relief marqué de petites dépressions humides (De-bard, 2004). Par ailleurs les résultats des analyses palynologiques montrent un paysage ouvert de steppe claire partiellement boisée à proximité d'un corps d'eau (J. Argant, 2004).

Afin de mieux connaître le paléoenvironnement de Saint-Vallier, nous avons utilisé simultanément deux approches concernant les Mammifères, l'une synécologique et l'autre autécologique.

Notre approche synécologique a été appliquée uniquement au niveau supérieur, dont proviennent très probablement les taxons que nous n'avons pas retrouvés lors des nouvelles fouilles. Elle est fondée sur une version modifiée des diagrammes écologiques définis en 1975 par T.H. Fleming à partir de communautés mammaliennes actuelles d'Amérique centrale et d'Amérique du Nord. Ces histogrammes ont été adaptés aux communautés mammaliennes fossiles par Andrews et al. (1979) puis modifiés par Guérin et Faure (1987) pour être étendus à l'ensemble du Néogène et du Quaternaire. En ce qui concerne Saint-Vallier, les espèces de mammifères présentes dans le niveau supérieur (LD 3) sont caractérisées Tableau 2. Les diagrammes fournis Fig. 1 sont une version remise à jour de ceux publiés par Guérin (1998). Ce sont quatre histogrammes dont les classes sont définies comme suit :

·      a : histogramme taxonomique (Fig. 1(a)) : R = Rongeurs ; I = Insectivores ; Pri = Primates ; Art = Artiodactyles ; Ca = Carnivores ; Per = Périssodactyles ; Pro = Proboscidiens ; A = Autres ordres ;

·      b : histogramme des masses (Fig. 1(b) : AB = moins de

1kg;C=1 à10kg;D=10à50kg;E=50à100kg;

F = 100 à 200 kg ; G = 200 à 1000 kg ; H = plus de

1000 kg ;

·      c : histogramme des régimes alimentaires (Fig. 1(c) : En = entomophages ; FG = frugivores et granivores ; HB = herbivores brachyodontes ; HH = herbivores hypsodontes ; Z = zoophages ; O = omnivores ;

·      d : histogramme des adaptations locomotrices (Fig. 1(d)) : GT = grands terrestres (séparés en f = forestiers, u = ubiquistes et c = coureurs) ; PT = petits terrestres ; Gr-Ar = grimpeurs et arboricoles ; Aq = aquatiques ; Ae = aériens ; Fo = fouisseurs.

Dans le cas de Saint-Vallier ces diagrammes sont faussés par la sous-représentation des micromammifères ; il y a peu d'espèces pesant moins de 1 kg, les frugivores et granivores sont rares, comme le sont aussi les Insectivores et les entomophages ; nous n'avons pas d'aériens. Les mammifères correspondant à ces différentes classes n'étaient pas systématiquement recherchés par lavage et tamisage du sédiment à l'époque des fouilles de J. Viret, et par ailleurs la nature du gisement n'est pas favorable à leur abondance : il n'y avait pas à proximité de reliefs karstiques où auraient pu nicher les rapaces à l'origine d'accumulations de pelotes de réjection.

Ces diagrammes écologiques permettent cependant des observations importantes : les Carnivores sont remarquablement diversifiés ; les Artiodactyles sont les Ongulés les mieux représentés ; les herbivores hypsodontes sont plus nombreux que les brachyodontes ; les omnivores sont nombreux ; le spectre des masses est large ; parmi les grands mammifères terrestres les coureurs et les ubiquistes sont mieux représentés que les forestiers ; les petits mammifères terrestres sont peu nombreux ; les aquatiques sont plus abondants que les grimpeurs/arboricoles.

Une telle communauté mammalienne témoigne d'un paysage en mosaïque de steppe et de zones boisées ouvertes, à proximité d'un corps d'eau, sous un climat relativement humide et pas particulièrement froid. Ce sont plus ou moins les caractéristiques que montrent d'autres gisements du Villafranchien moyen et supérieur d'Europe sud-occidentale, par exemple Senèze (Haute-Loire), qui est plus récent que Saint-Vallier, et Olivola en Italie, dont l'âge est intermédiaire entre Saint-Vallier et Senèze. Toutefois, du Villafranchien inférieur au Villafranchien supérieur, le paysage végétal en Europe occidentale tend à s'ouvrir de plus en plus (Faure et Guérin, 1984).

L'analyse autécologique confirme les conclusions de l'analyse synécologique :

·          Les espèces les plus abondantes sont Allohippus stenonis, Cervus philisi, Eucladoceros ctenoides et Gazella borbonica, suivies par Croizetoceros ramosus et Leptobos elatus. Une telle association de taxons steppiques (Allohippus, Gazella, Leptobos, Acinonyx, Chasmapor­thetes) et forestiers (les nombreux Cervidés et beaucoup de Carnivores) montre à l'évidence que le paysage était de type mosaïque.

·          Les deux Castoridés Castor et Trogontherium, Nycte­reutes, la loutre et Enhydrictis impliquent la proximité d'un important corps d'eau qui pourrait très bien être le Paléorhône, lequel coulait sensiblement dans la même vallée qu'aujourd'hui mais était beaucoup moins encaissé.

6. Analyse biostratigraphique

Elle concerne essentiellement le niveau supérieur.

L'analyse biochronologique des mammifères des anciennes collections (Guérin, 1980, 1982), une datation RPE sur l'émail dentaire de Cervidé pour laquelle furent envisagées plusieurs interprétations possibles selon des hypothèses d'âge compris entre 1,9 et 2,2 Ma — (Bouchez et al., 1983­1984), des études paléomagnétiques (Billard et al., 1987 ; Le Meur, 1994 ; Sen, 2004) et la découverte de téphras provenant d'une éruption du Mont Dore (Pastre et al., 1996 ; Pastre, 2004) donnent des résultats sensiblement convergents : l'âge du gisement est d'environ 2 Ma. Toutefois cet âge est toujours discuté ; à titre d'exemple on notera qu'en 1997 Gliozzi et al. ont proposé pour Saint-Vallier, sans justification, un âge un peu supérieur à 2,5 Ma alors que le site de Perrier-Les-Etouaires (gisement-type de la sous-zone MNQ 16b), dont la faune est de toute évidence plus ancienne, date de 2,5 ± 0,1 Ma (Poidevin et al., 1984).

L'interprétation biochronologique se fonde sur trois arguments principaux :

·        l'existence de deux associations caractéristiques, d'une part Mimomys pliocaenicus, M. cf pusillus et Apode-mus atavus (Martin Suarez et Mein, 2004), d'autre part Gazella borbonica et Mammuthus meridionalis ;

·        la présence d'un stade évolutif bien défini au sein de chacune de sept lignées distinctes d'ongulés : Allohippus stenonis vireti, Dicerorhinus etruscus etruscus stade I, Croizetoceros ramosus medius, Cervus philisi valliensis, Eucladoceros ctenoides vireti, Leptobos elatus merlai, Anancus arvernensis falconeri ;

·  la première apparition de six nouveaux taxons : Mimomys pliocaenicus, Nyctereutes vulpinus, Meles thorali,

Puma pardoides (= Viretailurus schaubi), Gallogoral meneghinii, Mammuthus meridionalis meridionalis.

Ces caractères, tous typiques du Villafranchien moyen, ont été retenus pour la définition de la standardzone MNQ 17 (Guérin, 1980, 1982, 1988) pour laquelle Saint-Vallier a été choisi comme gisement-type.

 

Pour conclure, nous pouvons dire que l'intérêt de la faune villafranchienne de Saint-Vallier est double :

·                  au plan régional, elle permet de définir le paléoenviron­nement dans le Sud-Est de la France il y a deux millions d'années ;

·                  au plan européen, elle fournit une remarquable référence biostratigraphique :

O C'est le gisement-type de huit taxons de Mammifères : Allohippus stenonis vireti, Croizetoceros ramosus medius, Cervus philisi valliensis, Eucladoceros ctenoides vireti, Leptobos elatus merlai, Nyctereutes vulpinus, Meles thorali, Puma pardoides (= Viretailurus schaubi) ; les cinq premiers correspondent à un stade bien précis dans leur lignée évolutive respective. Dicerorhinus etruscus etruscus stade I est également un stade évolutif défini en partie sur du matériel provenant de Saint-Vallier. Anancus arvernensis falconeri est quant à lui le stade ultime de sa lignée ;

O On y trouve deux associations d'âge caractéristique : d'une part Mimomys pliocaenicus, M. cf. pusillus et Apodemus atavus ; d'autre part Gazella borbonica et Mammuthus meridionalis ;

O On y observe aussi la première apparition de sept nouveaux taxons : Mimomys pliocaenicus, Nyctereutes vulpinus, Meles thorali, Puma pardoides) (= Viretailurus schaubi), Eucladoceros ctenoides, Gallogoral meneghinii, Mammuthus meridionalis meridionalis.

Ces trois caractéristiques, ainsi que la remarquable biodiversité sont à l'origine du choix de Saint-Vallier comme gisement-type de la standardzone MNQ 17 (Villafranchien moyen) ; les sites de cet âge sont forts peu nombreux en France et relativement rares en Europe, et Saint-Vallier est un des plus riches et sa faune une des mieux conservées.


Date de création : 18/05/2008 · 16:41
Dernière modification : 18/05/2008 · 16:55
Catégorie : 2008 autour du galet
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